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Amis du musée du Service de santé au Val-de-Grâce

Mercredi 26 Août 2009

PERSONNAGES CELEBRES

Dominique Larrey 
(1766-1842) 
et les ambulances volantes
 
Alors que Pierre François Percy faisait transporter ses chirurgiens à bord de son "Wurst" jusqu'au cœur même des combats, c'est à Dominique Larrey que revient l'idée d'évacuer rapidement et confortablement les blessés médicalisés. 
Après la bataille de Spire (1792), il présente son plan "d'ambulances volantes, afin que les blessés soient immédiatement soignés et évacués. Á Ober-Ursel écrit Larrey, "nous transportâmes une trentaine de blessés après les avoir pansés sur le champ de bataille. C'était la première fois qu'un médecin se trouvait dans la mêlée". 
Lors de la campagne d'Italie (1797-1798), à Udine, Larrey présente à Bonaparte sa "légion d'Ambulance volante" ou "centurie" (340 hommes), répartie en trois divisions ou "décuries". Chaque décurie comprend un chirurgien major de 1ère classe, deux aides-majors, douze sous aides-majors, dont deux pharmaciens, douze infirmiers à cheval, vingt cinq soldats infirmiers à pied. Chaque décurie dispose de douze voitures légères, à deux roues pour le pays plats ou quatre roues pour la montagne, particulièrement mobiles, bien suspendues et confortables avec leurs matelas en crin. Les boites d'instruments et les objets de pansement sont disposés dans des poches sur les parois. 
Bonaparte déclare à Larrey : " Votre ouvrage est une des plus heureuses conceptions de notre siècle et suffirait, à lui seul, à assurer votre réputation
." 
Tout au long des campagnes napoléoniennes, le chirurgien n'aura de cesse de développer ses ambulances. En Égypte, par exemple, il adapte le moyen de transport en utilisant des dromadaires. Dominique Larrey peut être considéré, à juste titre, comme l'un des précurseurs de nos SAMU actuels.
 
 
Jean-Antoine Villemin 
(1827-1892)
et la tuberculose
 
Né à Prey (Vosges) dans une famille de cultivateurs, il s'inscrit en 1849 comme chirurgien élève à l'hôpital militaire de Strasbourg. En 1853, il soutient sa thèse de doctorat et réussit le concours de "médecin aide major commissionné" au Val-de-Grâce d'où il sort premier un an plus tard. Il devient en 1860 répétiteur de physiologie et professeur de médecine à l'École impériale du Service de santé militaire créée à Strasbourg depuis 1856. Il oriente déjà ses travaux et publie Du tubercule, au point de vue de son siège, de son évolution et de sa nature. Reçu en 1864 au concours de professeur agrégé du Val-de-Grâce, il poursuit ses recherches et présente, le 5 décembre 1865, à l'Académie de médecine, ses travaux sur l'inoculation au lapin de la tuberculose provenant de malades phtisiques. Il conclut :"La tuberculose est une affection spécifique. Sa cause réside dans un agent inoculable. Elle appartient à la classe des maladies virulentes". Les progrès de la microscopie permettront à Koch de découvrir le bacille tuberculeux seulement dix-sept ans plus tard. Villemin est élu à l'Académie de médecine en 1874. Il en sera le vice-président en 1891 et son décès, le 6 octobre 1892, l'empêchera d'en devenir président.
 
 
 
Ernest Duchesne
(1874-1912)
précurseur de l'antibiothérapie
 
Admis à l'école du Service de santé militaire de Lyon en 1894, il soutient en 1897 sa thèse de doctorat en médecine intitulée Contribution à l'étude de la concurrence vitale chez les micro-organismes, antagonisme entre les moisissures et les microbes.Il entrevoit clairement l'activité antimicrobienne des moisissures et conclut : " Il semble, d'autre part, résulter de quelques-unes de nos expériences, malheureusement trop peu nombreuses et qu'il importera de répéter à nouveau et de contrôler, que certaines moisissures (Penicillum glaucum), inoculées à un animal en même temps que des cultures très virulentes de quelques microbes pathogènes (B. coli et B. typhosus d'Eberth), sont capables d'atténuer dans de très notables proportions la virulence de ces cultures bactériennes." Mais le professeur agrégé Roux qui a suivi les travaux dans son laboratoire d'Hygiène à Lyon ne pressent pas l'intérêt du travail. Duchesne est affecté à Senlis et ne poursuit pas ses recherches. En 1907, il souffre d'une maladie pulmonaire et rejoint l'hôpital d'Amélie les Bains où il meurt en 1912. Alexandre Fleming ne découvrira la pénicilline qu'en 1928. L'Académie de médecine reconnaît Ernest Duchesne comme le précurseur de l'antibiothérapie en 1949.
 
François Clément Maillot
(1804-1894)
et la quinine
 
Né à Briey (Moselle), il est admis en 1820 à l'hôpital militaire d'instruction de Metz et à l'Armée du nord comme chirurgien aide-major puis comme médecin-adjoint à l'hôpital militaire d'Ajaccio de janvier à septembre 1832 où il observe avec Antonini les fièvres intermittentes en discutant déjà la doctrine physiologique de Broussais. Nommé médecin major en 1832, il participe à la conquête de l'Algérie et traite victorieusement une épidémie de fièvre palustre, à Bône, en utilisant la quinine dès le début des symptômes et à forte dose, s'opposant ainsi clairement à Broussais. Il servira ensuite dans les hôpitaux d'instruction de Lille et de Metz, puis deviendra professeur de clinique médicale, en 1850, à l'hôpital de perfectionnement du Val-de-Grâce. Malheureusement ses principes de traitement des fièvres palustres furent difficilement admis. Nommé Médecin Inspecteur en 1852 puis membre du Conseil de santé en 1856, qu'il présidera en 1864, il peut assister, en 1880, à la découverte de l'hématozoaire du paludisme par Alphonse Laveran et goûter à une reconnaissance tardive car il meurt à 90 ans.
 
Pierre-Jules Beyne (1880 - 1968) et la médecine aéronautique
 
C’est unanimement que le titre de précurseur de la médecine aéronautique est attribué à P.-J. Beyne. Affecté en 1921 à la 12ème direction du ministère de la Guerre, direction de l'Aéronautique, il crée le «Laboratoire d'études de l'aéronautique militaire» au Val-de-Grâce. Avec des moyens modestes, il entreprend des recherches qui feront date, sur les effets de l’altitude sur l’homme et établit à cette occasion, les bases physiologiques indispensables à la fabrication des moyens de protection. Il met en place une organisation destinée à assurer la surveillance médicale du personnel navigant de l’aéronautique, et développe des techniques d’exploration fonctionnelle tout à fait originales notamment pour déterminer les capacités visuelles. Enfin, il crée un enseignement spécialisé destiné aux médecins devant servir dans les centres d’expertise médicale du personnel navigant et dans les unités aériennes.
Sa notoriété sera reconnue par ses pairs qui lui confieront en 1937, la présidence du « Comité consultatif de médecine aéronautique » composé de professeurs des facultés de médecine et des sciences. Atteint par la limite d'âge en 1940, trois mois avant la création du Service de Santé de l'Air, il poursuit ses activités scientifiques à l'Ecole pratique des Hautes Etudes et assure la présidence de la société Amicale du Val-de-Grâce jusqu'en 1960.
 
 
Henri Laborit
(1914-1995)
et la naissance des psychotropes
 
Humaniste, successivement chirurgien de Marine et biologiste, il introduit dans sa méthode de recherche la cybernétique en physiologie, et le concept de niveau d’organisation tiré de la théorie des ensembles. Il révolutionne l’anesthésiologie et une partie de la médecine. Il incarne à lui seul une nouvelle discipline, celle des neurosciences, avant d’élargir son étonnante capacité à la multidisciplinarité à la sociologie, l’urbanisme, la philosophie, l’épistémologie, la bio-psycho-sociologie, la psychiatrie.
 Sa carrière est conforme à celle de ceux de sa génération avec sa participation, en mer, aux opérations lors de la deuxième guerre mondiale.  . En fin de carrière, il est chargé de l’organisation de la recherche dans le service de santé de la marine, avec la création du CERB à Toulon.
Ses travaux scientifiques lui donnent une renommée mondiale. Ils sont jalonnés de réalisations importantes : introduction du curare en obstétrique (1948), découverte des applications de l'anesthésie potentialisée, travaux princeps sur l'hibernation artificielle (1952), nombreux travaux conduisant à la découverte de nouvelles molécules à visée thérapeutique (1954-1970). De 1980 à 1987, il poursuit ses recherches sur les mécanismes biochimiques et neurophysiologiques du système nerveux central mis en jeu dans les interrelations de l'organisme et de l'environnement. 
Ici même, au Val-de-Grâce, en 1952, il est à l'origine de la psychopharmacologie en ayant la géniale intuition de l'effet sur le psychisme de la chlorpromazine (Largactil*) qu'il utilise en anesthésiologie et en hibernothérapie. D'où en ces lieux sa première application clinique par Paraire, et sa publication princeps. Cette découverte lui vaut de partager avec le Pr Deniker, de l'hôpital Saint Anne, le prix Albert Lasker de l'American Public Health Association (antichambre du prix Nobel).
 
 
Charles-Alphonse Laveran
et la découverte de l'agent du paludisme
 
Laveran est né le 18 juin 1845 au 125 Boulevard Saint-Michel, tout près du Val de Grâce où il fit une grande partie de sa carrière. Cent ans après avoir été le premier Français à obtenir le prix Nobel de Médecine, on ne peut qu'être admiratif sur la découverte qu'il fit le 6 novembre 1880 à l'hôpital de Constantine.
Ses travaux suscitèrent circonspection et réserves. Il s'était affranchi des théories scientifiques du XIXe siècle. C'était l'époque de Claude Bernard et de l'ère pastorienne. Il nous a rappelé que c'est chez l'homme malade qu'il fallait rechercher l'origine d'une maladie infectieuse.
En isolant des corps arrondis et pigmentés dans les hématies de patients porteurs d'accès palustres, il ouvrit la voie du diagnostic cytologique du paludisme. (Les dessins les représentant -exécutés de sa main- sont présentés au musée du SSA) . Sa découverte illustre ce que disait Pasteur : « la chance ne sourit qu'aux esprits préparés ».
Il l'était par son enfance en Algérie, sa brillante carrière de militaire et d'académicien, sa formation de cytologiste. Professeur agrégé du Val-de-Grâce à 29 ans, membre de l'Académie Nationale de Médecine en 1893, Titulaire de la Chaire d'Hygiène au Val-de-Grâce en 1894, Charles-Alphonse Laveran fût un précurseur de l'épidémiologie des maladies infectieuses.
Il identifia les trois acteurs du paludisme : l'hématozoaire, le moustique dont il pressentit très tôt la responsabilité et l'homme malade. 
Il mit de longues années avant d'être reconnu et célébré par la communauté scientifique. 
Lorsque l'Institut Royal Carolin de Stockholm lui remit en 1907 le prix Nobel de Physiologie et de Médecine, il fût consacré comme le premier créateur de la pathologie protozoaire. II poursuivit ses travaux dans le premier laboratoire des maladies tropicales de l'Institut Pasteur et créa en 1908 la Société de Pathologie Exotique.
Conseiller du Ministère de la guerre, ses avis ne furent malheureusement pas suivis lorsque notre armée d'Orient combattit à Salonique. Président de l'Académie Nationale de Médecine en 1920, il travailla inlassablement jusqu'à sa mort en 1922. Enterré au cimetière du Vieux Montparnasse, il laisse derrière lui une œuvre considérable en ouvrant la voie aux avancées scientifiques dont on mesure aujourd'hui les retombées. 
Cent ans après, l'Académie nationale de médecine a rendu un vibrant hommage à l'homme, qui fût médecin, officier et savant.                     
 
 
Amis du musée du Service de santé des armées

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